Ce qui compte ici
- Coque réparable et structure tolérante
- Contrôle à basse vitesse et réactions lisibles
- Accès maintenance compatibles avec l'éloignement
- Vie à bord tenable en mer dure à deux
- Systèmes compréhensibles et non envahissants
VOILIER D'EXPÉDITION · COQUE ALU STRONGALL
Bâti pour encaisser.
Pensé pour aller au bout.
ARION n'a pas été retenu pour son image ni pour une idée abstraite du "bateau polaire". Le choix repose sur un ensemble de compromis favorables à une route longue, froide et exposée : coque aluminium, structure épaisse, dériveur lesté, comportement tolérant, réparabilité réaliste et volume compatible avec deux personnes en endurance.
Dans ce programme, le bon bateau n'est pas celui qui va le plus vite dans le bon créneau. C'est celui qui reste exploitable quand le froid s'installe, que les manœuvres se répètent, que la fatigue monte et qu'un incident n'autorise ni chantier ni assistance.
Le 47 pieds, le déplacement, le ballast, l'aluminium fort, le principe de dériveur lesté et la matière générale de la coque dessinent une plateforme qui privilégie la tenue dans le temps sur la nervosité. Pour ce programme, ce n'est pas un détail : plus la route dure, plus la capacité du bateau à absorber sans se désunir devient centrale.
Dans la glace dérivante, au voisinage d'une côte, dans une mer croisée ou lorsqu'il faut ménager le bateau, un voilier doit rester lisible et contrôlable à basse vitesse. Toute la préparation d'ARION cherche à préserver cette qualité : manœuvres simples, inertie comprise, réactions prévisibles et charge mentale contenue.
Le refit ne cherche pas à transformer ARION en autre chose. Il cherche à rendre plus cohérent ce que le bateau sait déjà faire : mieux protéger les quarts, consolider l'architecture de manœuvre, clarifier les accès maintenance, améliorer la tenue au froid et enlever tout ce qui complique inutilement la route.
Dans les soixantièmes, les communications ne sont pas un confort. Elles sont une condition de sécurité et de continuité : météo, routage, contact terre, données scientifiques, urgences. La logique est la même que pour l'énergie : plusieurs sources, hiérarchie claire, basculement immédiat.
Plutôt qu'un texte d'intention, voici des réponses directes aux questions que se posent le plus souvent les navigateurs en découvrant ARION et son programme.
L'aluminium coule moins bien que l'acier en cas de choc léger, il se plie, il se déchire moins. Il se répare à froid, à l'arc ou au fil, avec les outils qu'on embarque.
Strongall, c'est une gamme d'alu à haute limite élastique, épaisseurs 10 à 25 mm sur la carène. Pas une tôle fine peinte en blanc, une coque conçue pour encaisser une mer dure, un growler qui frotte, un échouage contrôlé.
L'acier offre la même tolérance mais double le poids et impose une lutte permanente contre la corrosion. Le composite ne se répare pas à froid. L'aluminium Strongall coche toutes les cases d'une expédition longue.
Un quillard à 3 m de tirant d'eau condamne l'accès aux caletas patagones, aux zones peu profondes, aux échouages de marée. Il interdit le beaching, poser le bateau sur son fond à basse mer pour entretenir la coque, changer une pièce.
Le dériveur lesté relève, descend, module. Dérive relevée, elle se loge dans le saumon sous la coque et le tirant d'eau tombe à 1,3 m, on passe partout. Dérive descendue, on a 3,2 m de plan antidérive pour remonter au vent sous les 60°S.
Le ballast de 5,2 t est sur la dérive, pas sur le fond de coque. Polyvalence et performance.
Dans le gros temps, on ne change pas de voile d'avant en enfilant un foc au pont qui tape. On roule le génois et on déroule la trinquette, sans sortir du cockpit.
Deux enrouleurs, deux étais. Le génois pour le près et le portant jusqu'à 30 nœuds, la trinquette de 30 à 45. Au-delà, on étale sous GV trois ris ou sous tourmentin. L'essentiel du temps, le cotre permet de réduire à distance, sans se mettre en danger.
L'inboard assure la propulsion courante : le MWM d'origine, toujours en place. Son remplacement par un 115 cv plus récent est une cible du refit. Un second moteur est fixé sur la jupe arrière, sur une chaise renforcée conçue pour, un hors-bord 60 cv à forte poussée, hélice 4 pales.
Dans les canaux patagons, la surmotorisation n'est pas un luxe. Les caletas se négocient à faible vitesse, contre vent catabatique et courant, parfois dans un chenal d'un seul passage. Un moteur qui cale dans ces conditions, c'est le bateau en travers en trente secondes.
À deux moteurs, on sort d'un piège de glace qui ne dépasse pas le mètre, on remonte au vent contre courant, on s'extrait d'un haut-fond. La redondance rend la marge utile.
Une annexe plastique de 2,60 m ne survit pas à une rafale à 100 nœuds. Elle part en cerf-volant. Dans ces conditions, le radeau de survie lui-même n'est pas déployable avant l'envol. Il fallait une autre logique.
L'annexe d'ARION fait 4 mètres en aluminium, insubmersible par construction. Pensée comme une barge, on y charge, on y tracte, on y travaille. Construite par les élèves d'un lycée technique de Chambéry.
Elle ne tient pas sur des bossoirs arrière, aucun ne supporterait ce poids avec moteur, essence et barda. Elle est sur le pont, déployée et remontée par un mât de charge étudié pour.
Elle sert pour tout, échappatoire complémentaire au radeau, tirer ARION d'un haut-fond, dévier un bergy bit qui dérive sur les lignes de mouillage, ramener du bois en caleta, transporter des jerricans. Une annexe à la hauteur du bateau, ce n'est pas un gadget.
Pour la circumnavigation, rien n'est moins sûr. Elle peut rester en Patagonie avec le guindeau, les 150 m de chaîne 12 mm et les trois ancres. Dans la boucle sous les 60°S, on n'emporte que le strict nécessaire.
C'est juste. Sous les 60°S, on consomme 250 à 400 Ah par jour entre Starlink, radar, AIS, pilote automatique, chauffage d'appoint électrique, glacière, éclairage, chargement équipements personnels.
Avec 1800 Ah LiFePO₄ (environ 1440 utilisables en cyclage, sans la décharge profonde pénalisante du plomb), on tient trois jours sans production en cas de tempête sans vent solaire ni éolien, ce qui arrive. Au-delà, le groupe électrogène inboard prend le relais.
La contrainte vraie, ce n'est pas le volume de batteries. C'est leur protection contre le froid, qui bloque la charge en dessous de 0°C. Caisson isolé, sonde de température, gestion active.
Trois couches de défense. La coque alu isolée 80 mm de polyuréthane projeté, couche anti-condensation sur les varangues, bardage bois intérieur. Ça coupe déjà la moitié.
Chauffage principal diesel pulsé, 5 kW, alimenté par une cuve dédiée, autonomie environ 400 heures. Soufflé dans toutes les couchettes et la cabine.
Chauffage de secours au pétrole ou au bois, totalement indépendant de l'électricité. Si tout lâche, il chauffe. On ne meurt pas de froid à bord d'ARION tant qu'il reste du combustible.
Dessalinateur 60 l/h, moteur 12 V, consommation 6 A. On produit plus qu'on ne consomme même par temps couvert. Réserve tampon, deux cuves de 300 l en inox intérieur.
En circumnavigation, on fabrique l'eau en route. On utilise 10 à 15 l par personne et par jour, boisson, cuisine, toilette réduite. Pas de douche.
Redondance, si le dessalinateur tombe, les 600 l de réserve assurent 20 jours pour deux. Derrière, rationnement et récupération de pluie.
Starlink Océan couvre l'ensemble de la zone circumpolaire antarctique grâce aux satellites LEO inclinés. Sous les 60°S, ça marche, avec des trous de service plus fréquents au sud de l'Amérique australe et dans certains secteurs du Pacifique sud.
Débit utile de 25 à 100 Mbit/s, suffisant pour météo GRIB, emails, échanges partenaires, transmission des données scientifiques. Insuffisant pour streaming, on s'en passe.
Redondance obligatoire, Iridium GO! en secours permanent. Si Starlink décroche, Iridium assure météo, messages d'urgence, position. Deux canaux indépendants, deux opérateurs, deux orbites différentes.
Radar Raymarine Quantum, portée utile 24 milles sur les gros icebergs, 6 à 8 milles sur les bergy bits de 5 à 10 m. En dessous, le radar ne voit plus grand-chose.
Les growlers, morceaux d'iceberg affleurants de 1 à 3 m, sont le vrai piège. Ils ne renvoient pas l'écho radar, ne se voient pas avant 30 m à l'œil nu, 100 m au projecteur. À 7 nœuds, ça laisse dix à trente secondes pour éviter.
La parade, vitesse réduite de nuit en zone de glace (5 à 6 nœuds), veille visuelle systématique, caméras thermiques frontales à l'étude pour les zones critiques. Et de la chance.
Une garde-robe simple, entretenue, prévisible. GV hauturière à trois ris, renforts kevlar aux points de tension, capacité d'être affalée complètement depuis le cockpit. Génois 135% sur enrouleur pour 0 à 30 nœuds. Trinquette sur enrouleur pour 30 à 45 nœuds.
Au-delà, tourmentin dédié hissé sur étai amovible, surface 6 m². GV remplacée par une voile de cape pour la fuite à sec ou presque. Jeu de tempête stocké dans un sac numéroté, accessible sans lumière.
Règle, on réduit avant d'avoir besoin. Une voile qui claque à 40 nœuds, c'est une voile fichue et un équipage épuisé.
Trois atouts. Une infirmerie complète, chirurgie de base, antibiotiques large spectre, antalgiques majeurs, matériel d'immobilisation, défibrillateur. Matériel standard type expédition polaire, protocoles validés.
Une compétence médicale à bord, formation médicale du Captain, formation Sarah en médecine d'expédition. Pas de spécialiste, mais de quoi diagnostiquer, stabiliser, décider d'un repli.
Une téléconsultation 24/7 via Iridium ou Starlink. Un service de médecine maritime prend le relais sur les cas complexes, diagnostic à distance, protocole d'urgence. Sachant que sous les 60°S, une extraction prend plusieurs jours.
Vannes de coque en PTFE et pas en laiton, moins de grippage au froid. Circulation d'eau de mer gainée, tracée par résistance chauffante d'appoint sur les coudes critiques.
Gasoil traité additif anti-paraffinage dès l'équateur, circuit réchauffé. Batteries dans caisson isolé avec sonde, la charge est coupée si la température descend sous 0°C (le lithium gèle chimiquement).
L'eau douce dans cuves intérieures, pas sous cockpit. Le dessalinateur arrêté et purgé entre deux productions pour éviter le gel dans les membranes. Chaque système a son protocole hivernal, documenté.
Dans une route aussi longue, la question n'est pas de produire beaucoup sur le papier. La question est de savoir ce qu'il reste quand une source tombe, qu'un parc doit être isolé, que le froid allonge les consommations ou que plusieurs jours de ciel fermé réduisent la marge.
L'architecture énergétique d'ARION est pensée pour rester utilisable en mode dégradé : deux parcs séparés, productions réparties, chauffage principal indépendant, 220 V limité, et capacité à restaurer rapidement de la réserve sans immobiliser le bateau.
Le principe n'est pas d'optimiser une source, mais de ne jamais se retrouver captif d'une seule.
Ici, la puissance n'a de sens que si elle redonne vite de la marge sans compliquer la route.
Dans les soixantièmes, un bateau se dégrade rarement sur un seul grand événement. Il se consomme plus souvent par addition : chocs, embruns, humidité, quarts cassés, petites avaries, manœuvres répétées et fatigue. La bonne préparation ne consiste donc pas seulement à renforcer. Elle consiste aussi à ralentir cette consommation du bateau et de l'équipage.
Cela implique des routines simples, des systèmes compréhensibles, une hiérarchie claire des usages, un chauffage autonome, et des manœuvres qui restent faisables quand la lucidité baisse.
Un bateau ni spectaculaire ni fragile : un bateau que l'on peut encore exploiter proprement après plusieurs jours durs, dans le froid, avec de la fatigue, des systèmes partiellement dégradés et une marge qui doit rester lisible.
Commandement, méthode, parcours : qui conduit ARION dans les soixantièmes et comment les décisions sont prises.
Les données collectées par ARION en route : météo, glace, océanographie, énergie embarquée, accès pour chercheurs.
Partenariats techniques, soutien ciblé ou accompagnement : comment s'associer concrètement au projet.
Mener une circumnavigation antarctique à la voile sans sponsor principal, c'est un choix. Moteur MWM de 1952, voiles surcotées, dessalinateur de secours, chaque poste a été arbitré entre ce qui est viable et ce qui serait idéal. Cette page documente les vrais chiffres, les vrais manques, et pourquoi l'expédition part quand même.