La circumnavigation antarctique maintenue au sud des 60°S, ce n'est pas un simple tour du monde. C'est une boucle circumpolaire sans escale possible, sans port de refuge, sans terrain neutre.
Ici, la mer n'est pas un décor : elle est le sujet. Des dépressions qui s'enchaînent, de la glace qui dicte sa loi, des conditions que personne ne choisit. Cette navigation n'a été réalisée qu'une seule fois par un voilier en restant sous cette latitude. Une seule fois.
Ce n'est pas pour cette rareté que j'y vais.
C'est parce qu'au fil des années, j'ai compris que je suis fait pour la durée, pas pour l'instant. Certains cherchent l'intensité en éclairs : un saut qui coupe le souffle, une minute suspendue, puis le retour au calme. Moi, ce qui m'anime, c'est la durée. Les quarante-huit heures sans répit. La nuit entière qui ne finit jamais. La tête qui ne s'arrête pas parce qu'elle n'a pas le droit.
Dans ces moments-là, tout ce qui est superflu disparaît. Il ne reste plus que le bateau, la mer, et ce dont on est vraiment capable.
La circumnavigation antarctique, ce sont des semaines entières dans cet état. Pas quelques heures. Des semaines. C'est l'endroit exact où ce que je suis et ce que cette navigation exige finissent par se rejoindre.
Je connais les risques. Pas de manière abstraite. Et c'est précisément pour ça que ça a du sens.
— Le Capitaine,
ARION · Odyssey of AION