Odyssey of AION en direct
Mises à jour régulières depuis la préparation jusqu'aux hautes latitudes. Récits authentiques, photos terrain et réflexions du Captain.
Mises à jour régulières depuis la préparation jusqu'aux hautes latitudes. Récits authentiques, photos terrain et réflexions du Captain.
Marseille, début avril 2026. Le départ est fixé au 16 août. Il reste exactement quatre mois et dix jours. Quatre mois pour transformer un voilier en machine capable de tenir seul au sud des 60°S — là où il n'y a plus ni port, ni secours, ni filet.
Arion est un Strongall 47 pieds en aluminium. Dix-sept tonnes. Dériveur lesté, barre franche. Un bateau conçu dès l'origine pour naviguer loin des côtes, dans des conditions que la plupart des voiliers n'approchent jamais. Il a déjà fait ses preuves dans les canaux de Patagonie, au milieu des glaciers et des williwaws. Ce que nous avons filmé là-bas dans Entre Ciel et Mer n'était que le prologue.
La circumnavigation antarctique au sud des 60°S, c'est une autre catégorie. Les 40es rugissants, les 50es hurlants, les 60es déferlants — ces noms ne sont pas des métaphores poétiques. Ce sont des descriptions de ce que l'atmosphère fait réellement à la surface de l'eau dans ces latitudes. Des dépressions en série. Des creux de 8, 10, parfois 12 mètres. Des vents qui tiennent 50 nœuds pendant 72 heures sans faiblir.
Arion est fait pour ça. Mais il faut encore l'équiper pour ça.
L'énergie d'abord. En Antarctique, le solaire est capricieux — les journées sont longues en été austral, mais le ciel couvert est la norme. L'architecture que nous avons retenue combine panneaux solaires, éoliennes et un hydrogénérateur : quand Arion avance à 5 nœuds ou plus, l'hydrogénérateur seul produit de quoi alimenter les systèmes critiques. Les parcs LiFePO4 stockent le surplus. C'est un système pensé pour l'autonomie totale — pas de dépendance à un moteur tournant pour charger.
La navigation ensuite. Le poste Mousaillon — notre IA de bord — sera installé sur un Mac Mini M5 en août. En attendant, je travaille depuis le MacBook. Les systèmes Raymarine SeaTalk déjà à bord — pilote automatique, traceur, sondeur, AIS — seront intégrés via un convertisseur WiFi Yacht Devices pour que Mousaillon lise les données instruments en temps réel. La météo sera suivie via PredictWind et les fichiers GRIB récupérés par Starlink Océan.
La redondance des communications. Starlink sera la liaison principale. L'Iridium GO! prend le relais si Starlink tombe — et il tombera, statistiquement, au moins une fois dans les secteurs les plus reculés (mer de Ross, mer de Bellingshausen). Le protocole backup est en cours de définition.
L'équipe. Je pars seul de Marseille jusqu'à Ushuaia — 8 000 milles, environ 60 jours de navigation en solitaire. À Ushuaia, Sarah me rejoint pour la circumnavigation elle-même. Sarah est biologiste marine, spécialiste des orques et des cétacés des hautes latitudes. Son embarquement transforme l'expédition : le Data Hub scientifique qu'elle coordonne permettra de collecter des données océanographiques et biologiques sur tout le tour — des données qui n'existent pas, parce que personne ne passe là.
Deux questions ouvertes à ce stade.
La première : le moteur. L'inboard actuel est un MWM 50 CV d'ancienne génération. Il fonctionne, mais pour une traversée du Drake en solitaire, j'aimerais plus de marge. Un Volvo 75 CV est en négociation avec un partenaire potentiel. Décision avant mi-juillet.
La deuxième : le guindeau. Dans les canaux de Patagonie et à la mouille en Antarctique, le guindeau et 60 mètres de chaîne sont indispensables. La question est de savoir si on le dépose à Ushuaia avant le Drake — pour gagner du poids sur le nez dans les mers du cap Horn — ou si on le garde et on assume.
Chaque matin je liste ce qui reste à faire. La liste diminue, mais elle diminue lentement. C'est la nature des préparations d'expédition : plus on avance, plus on découvre ce qu'on n'avait pas prévu. Ce n'est pas mauvais signe — c'est exactement comme ça que ça doit se passer.
Le 16 août, Arion quittera Marseille. Ce sera le début d'une navigation que peu de voiliers ont tentée et qu'aucun n'a achevée en restant maintenu au sud des 60°S sur tout le tour.
On va voir ce que ça donne.
Test essais en mer